L’Initiative pour la Protection des Droits Humains et de la Réinsertion Sociale (IPDHOR) exprime sa profonde indignation et sa vive préoccupation à la suite de l’enlèvement, suivi de l’arrestation arbitraire de Monsieur Christian ZIGANIRA MWAMBALI, acteur communautaire engagé et défenseur des droits humains dans le territoire de Walungu, par des éléments présumés des services de renseignements de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda.
Selon des informations crédibles, recoupées auprès de plusieurs sources dignes de foi, cet acte grave est intervenu dans la soirée du mardi 12 mai 2026 à Walungu-Centre, dans un contexte marqué par une recrudescence des intimidations, menaces et persécutions contre les voix indépendantes, les leaders communautaires et les défenseurs des droits humains dans les zones sous occupation rebelle.
D’après les éléments d’informations recueillis, cette arrestation serait notamment intervenue à la suite du refus présumé de Monsieur Christian ZIGANIRA MWAMBALI d’accepter une désignation comme administrateur territorial et de participer à une campagne de mobilisation des jeunes en faveur du mouvement rebelle. De tels agissements, s’ils sont avérés, constitueraient une grave atteinte aux libertés fondamentales, notamment à la liberté de conscience, à l’autodétermination et à l’indépendance des acteurs communautaires.
En outre, plusieurs sources concordantes indiquent qu’avant son enlèvement, Monsieur Christian ZIGANIRA MWAMBALI aurait dénoncé des pratiques présumées de rançonnement imposées à la population civile par une responsable d’une association se présentant comme partenaire du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Cette dernière aurait exigé le paiement de 5 000 francs congolais par ménage dans le cadre d’une prétendue opération d’identification de bénéficiaires d’une assistance humanitaire destinée à la population de Ciherano, dans le groupement de Lurhala, territoire de Walungu, et ce, au vu et au su de certaines autorités administratives locales. Il lui aurait également été demandé de faciliter le contact avec des chauffeurs de camions supposés acheminer cette assistance humanitaire.
Nos sources renseignent également que la victime aurait exprimé son opposition à toute ingérence de l’administration rebelle dans les affaires coutumières locales, une position qui pourrait avoir davantage accru son exposition aux représailles.
L’IPDHOR considère cet enlèvement et cette arrestation comme un acte d’intimidation grave, susceptible de s’inscrire dans une dynamique plus large de restriction de l’espace civique, de musèlement des voix critiques et de persécution des défenseurs des droits humains dans les zones affectées par le conflit armé. Il s’agit du 12ᵉ cas documenté d’intimidation, de menace ou de persécution visant des acteurs communautaires et défenseurs des droits humains dans la province du Sud-Kivu.
Face à cette situation alarmante, l’IPDHOR alerte l’opinion publique nationale et internationale et appelle à une intervention urgente des mécanismes nationaux, régionaux et internationaux de protection des droits humains, notamment la Commission Nationale des Droits de l’Homme, la MONUSCO, le BCNUDH, Amnesty International, Human Rights Watch, les procédures spéciales des Nations Unies sur les défenseurs des droits humains, ainsi que les missions diplomatiques accréditées en République démocratique du Congo, afin d’assurer une assistance immédiate et une protection effective aux défenseurs des droits humains en situation de détresse.
L’IPDHOR condamne avec la plus grande fermeté ces actes inhumains, arbitraires et dégradants qui constituent une violation flagrante des droits et libertés fondamentales consacrés par la Constitution de la République démocratique du Congo, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits humains.
L’IPDHOR rappelle que les défenseurs des droits humains, les leaders communautaires et les acteurs civiques ne sont ni des ennemis ni des acteurs belligérants. Ils sont des sentinelles de la dignité humaine et des relais essentiels de cohésion sociale. Défendre les droits humains, dénoncer les abus et protéger les intérêts des communautés ne constituent en aucun cas un crime.
En conséquence, l’IPDHOR exige :
- La libération immédiate et sans condition de Monsieur Christian ZIGANIRA MWAMBALI ; Le respect scrupuleux de son intégrité physique et psychologique, ainsi que de ses garanties judiciaires fondamentales ;
- La cessation immédiate des actes d’intimidation, d’enlèvement, de harcèlement et de persécution contre les défenseurs des droits humains et les leaders communautaires ;
- La mise en place d’un mécanisme indépendant de documentation, de protection et de suivi des violations ciblant les défenseurs des droits humains dans les territoires affectés par le conflit armé.
Fait à Bukavu, le 13 mai 2026
Pour l’Initiative pour la Protection des Droits Humains et de la Réinsertion Sociale (IPDHOR)
Chargé de communication et médias
Valet.cheb@ipdhor-drc.org